( Jean Cathebras, 342e RI)

"Les soldats victorieux et las rentreront chez eux. Mais vous, vous ne rentrerez jamais." (Roland Dorgelès,les croix de bois)

Cliquer sur le régiment correspondant ou voir ci-dessous les derniers soldats entrés dans la Mémoire

Un immense merci aux familles grâce auxquelles Massiges retrouve la Mémoire ; à Annie Mandrin, Robert Beaufrère et à son petit-fils Adrian, sans lesquels beaucoup de ces recherches n'auraient pu aboutir !

 

AOUT 2020

Disparu Mort Pour La France à VILLE-SUR-TOURBE le 15/09/1914

Retrouvé 105 ans plus tard...

Jules DALIGUEZ, 34 ans

Cristot, CALVADOS

1er Régiment d'Infanterie Coloniale, 2e Bataillon, 5e Cie

Sa plaque d'identité et un de ses boutons avec l'ancre de marine.

Au hasard d’une promenade en contrebas de la côte 191, Marie-Sol Monino, bénévole de l’association, a découvert le long du chemin, une partie des restes de ce soldat et sa plaque d’identité. En fort mauvais état, Eric Marchal a heureusement réussi à la faire parler.

Sa petite-fille a été retrouvée.

Une cérémonie est prévue mi-septembre, cérémonie au cours de laquelle Jules Daliguez et un soldat inconnu rejoindront, en tombes individuelles, leurs frères d'arme à la nécropole militaire du Pont du Marson.

 

Jules Daliguez est né le 07/03/1880, fils de Pascal et d'Adèle Onfroy ; classe 1900, matricule n° 105 au recrutement de Caen.

1,64 m ; cheveux et yeux bruns

Ajourné en 1901 pour faiblesse ; il est déclaré apte au service militaire au 36e RI en novembre 1902.

Entrepreneur de battage, Félix se marie en 1904 avec Louise Pignet. De cette union naîtront quatre enfants, trois mourront avant l'âge de 20 ans : Simonne (1906-1920), Abel (1908-1908), Hélène (1909-1925) et Thérèse née en 1911. Seule enfant survivante, sa fille Thérèse épouse Emile Godefroy en 1931.

Jules Daliguez est rappelé à l'activité le 1er août 1914 au 1er RIC.

Le 7 août, le régiment embarque avec son effectif complet de 3270 hommes pour arriver 2 jours plus tard près de Revigny, dans la Meuse.
Le 1er Ric est engagé dans l' Offensive vers la Belgique du 10 au 21 août

Le 11 août, étape très dure à cause de la grosse chaleur. Cinq hommes meurent de congestion.

Le 22 août 1914 : le 1er Ric est engagé dans la Bataille de Rossignol (Belgique).

Cette journée est l'une des plus meurtrières de l'histoire de l' Armée française avec plus de 21000 tués.

Historique du 1er Ric

"Le 1er Ric eut près de 2000 tués (les 2/3 de ses hommes). On recommença la reconstitution du 1er Régiment au moyen de 2000 recrues".(Historique du 1er Ric)

Les Allemands, en rouleau compresseur, progressent en se dirigeant vers Paris. L'Armée française ne pouvant faire face, recule.

La retraite continue, Cernay en Dormois, Laval sur Tourbe, la Croix en Champagne.

Le 12 septembre : Poursuite de l'ennemi retardée par le mauvais temps et la fatigue excessive de la troupe.

Le 14 septembre : Arrivée à Ville-sur-Tourbe, en proie aux flammes, où la tête du régiment est accueillie par une canonnade d'artillerie lourde. Le pont sur la rivière Tourbe et la route de Berzieux sont pris sous le feu.

15 septembre 1914 : Combat de Ville-sur-Tourbe

Le régiment et son effectif de 2314 hommes doit appuyer l'attaque du 2e Ric en direction de cernay en Dormois. Deux bataillons se déploient le long de la route de Ville sur Tourbe à Cernay, puis tombent sous un feu intense d'artillerie allemande. Le 2e Ric est arrêté par la forte canonnade. Démoralisé par de lourdes pertes, le 2e Ric ne progresse plus et est obligé de s'abriter dans le bois de Ville.

"Le 1er Ric attaque le 15 au matin, lutte jusqu'au soir et atteint de nouveau les tranchées allemandes où il attaque à l'arme blanche.Toutefois, pour réparer les pertes, il lui faut revenir à 400 mètres en arrière". (Historique du 1er Ric)

Subissant des pertes sensibles, les marsouins du 1er Ric en mouvement sont obligés de s'arrêter à la hauteur de la côte 150. Dépourvus d'outils portatifs (pelles et pioches), les compagnies s'accrochent au terrain et tiennent malgré l'intensité des tirs d'artillerie.

Ses pertes sont énormes : 8 officiers et sous-officiers, 1 médecin et plus de 1100 hommes de troupe tués, blessés ou disparus (soit la moitié de son effectif).

Jules Daliguez est porté disparu.

Avis de disparition de Jules Daliguez

Cette bataille "d'arrêt" fixera le front pour quatre longues années. Les Allemands s'installent en défensive à partir de cette date sur la lignée Ville-sur-Tourbe - Main de Massiges. La longue et pénible guerre des tranchées va débuter et le front ne bougera que de quelques dizaines de mètres jusqu'en septembre 1918.

 

Le jugement de décès de Jules Daliguez ne sera rendu que fin 1920, une fois les prisonniers de guerre rentrés. Les familles des disparus de 1914, mois les plus meurtriers de la guerre, devront attendre 6 longues années avant d'être reconnues et pensionnées.

Après un long travail de déchiffrage...Jules Daliguez peut enfin rentrer chez lui avec tous les honneurs.

 


Disparu Mort Pour La France à MESNIL-LES-HURLUS le 13/03/1915

Marceau ROYER, 22 ans

Villacerf, AUBE

170e RI, 1ère Cie

..

Né le 13/01/1893, fils de Emile Royer et de Gasparine Lapleur. Classe 1913, matricule 708 au recrutement de Langres.

1,76 m : cheveux noirs, yeux marrons. Signes particuliers : cicatrices étendues sur le bras droit et la poitrine.

Profession : Employé au Chemin de Fer

Incorporé à partir du 28/11/1913 au 170 ème RI.

Parti aux Armées le 02/08/1914.

En mars 1915, son régiment est engagé dans les violents combats de Mesnil-Les-Hurlus.

Le 13 mars : assaut vers le Bois jaune brûlé.

Selon les témoignages de ses compagnons d'armes versés au jugement de décès : L'ordre d'attaque étant donné, vers 17 h, à peine sorti de la tranchée, le soldat Royer a été frappé d'une balle en pleine poitrine, et y est retombée, tué sur le coup, sans prononcer une parole. Son ami replaça son corps sur le bord de la tranchée...

Dans la nuit , des brancardiers trompés par l'obscurité, crurent avoir affaire à un blessé, et emportèrent son corps. Quand ils s'aperçurent qu'il était mort, ils abandonnèrent le cadavre dans un boyau, où des hommes de son escadron le revirent ensuite.

Le corps de Marceau Royer n'a jamais été retrouvé.

Citation : "a participé courageusement à l'attaque des tranchées ennemies à Mesnil".

Un acte de disparition a été établi le 30/10/1915 par l'Armée de terre.
Des recherches ont également été faites par l'Armée pour savoir s'il n'avait pas été fait prisonnier : réponse négative le 23/04/1918.

 

(Avec l'aimable autorisation de Patricia Schnepf-Gourlin, sa petite-nièce qui lui rend ici hommage)

 

 

Blessé à MASSIGES le 25/09/1915

Eugène Honoré LOIR

Brix, MANCHE

21e RIC, 3e Bataillon, 12e Cie

Né le 20/02/1894, fils de Louis Auguste (ouvrier agricole) et de Bien-aîmée Pesnel ; 3 frères et soeur : Albert l'aîné (1892), intoxiqué par gaz puis blessé aux jambes par balles en 1918, Jeanne (1896), et Louis (1898-1918 MPLF à quelques semaines seulement de l'Armistice et de son 20e anniversaire).

Classe 1914, matricule 1374

1,62m : cheveux blonds, yeux bleu

Profession : domestique, ouvrier boulanger puis facteur

Incorporé au 11e régiment d' Artillerie le 08/09/1914 puis passé au 21e RIC le 15/10/1914.

Eugène Loir occupe avec son régiment les secteurs de Massiges, Virginy, et le Bois d'Hauzy.

Le 21e RIC est engagé dans la Grande Offensive de Septembre 1915 avec, comme objectif, la Côte 191.

(Le Cratère ou Côte 191 correspond au terrain de l' Association)

 "Commencée le 22 septembre, la préparation d'artillerie se continue les 23 et 24, sans ripostes sérieuses de l'ennemi dont nos simulacres d'attaque font seulement déclencher les tirs de barrage.

Dans la nuit du 24 au 25 le régiment est mis en place. A 4 heures, son dispositif d'attaque est complètement réalisé.
Il a pour mission de conquérir la portion de la position de Massiges formée par la côte 191 et la caponnière de l'Arbre aux Vaches."
(JMO du 21e RIC)

(Au fond, l'arbre aux vaches et la côte 191)

Un jour gris et pluvieux se lève. Les premiers coups de canon se font entendre, puis leur voix s'enfle et s'étend. C'est la préparation d'artillerie qui reprend, précise, condensée et puissante.

9 h.15. — Bloc homogène, véritable schéma du dispositif offensif, la première vague d'assaut bondit en avant.

Le bataillon LE BOULANGER est à droite, le bataillon Ducrot à gauche, leurs chefs en tête. Dans un ordre impressionnant les vagues successives surgissent et déferlent.

Mais l'œuvre du canon est restée incomplète ; l'ennemi est encore là.

La lutte s'engage, âpre et farouche de part et d'autre. De tous côtés les balles sifflent, les mitrailleuses crépitent, fauchant nos rangs. Sur la droite, devant les rafales meurtrières, il y a un moment d'hésitation ; les éléments de tête se plaquent au sol. « En avant, mes amis » crie le capitaine Charlemagne qui tombe quelques pas plus loin, mortellement frappé. Électrisé par l'exemple, la ligne toute entière se rue à nouveau, franchit les réseaux restés intacts et court à la deuxième tranchée dont elle s'empare après un combat forcené au cours duquel les capitaines Moutot et Chapuis tombent à leur tour. Le barrage d'artillerie s'intensifie, les feux de mitrailleuses se resserrent et se précisent, partant de blockhaus inexpugnables.

Tandis que le 1er Bataillon a pu aborder 191 par des brêches suffisamment larges dans les réseaux de fil de fer le Bataillon de droite - 3e Bataillon, Commandant Le Boulanger - se trouve en présence de terribles difficultés. La 3e Vague du Bataillon le Boulanger dont la marche déjà ralentie par les pertes subies du fait des mitrailleuses et de l'artillerie de Servon, a son élan également brisé ; elle s'arrête à la tranchée de la Caponnière.

(JMO du 21e RIC)

Réduit à 170 hommes, le bataillon Le Boulanger occupe la tranchée de Lissa conquise de haute lutte et s'y maintient opiniâtrement en dépit des tentatives acharnées de l'ennemi pour y reprendre pied. Ce combat à la grenade est resté légendaire au régiment.

Le jour tombe, la bataille s'apaise. Tranchée de Lissa, fortin de la Caponnière, Arbre aux Vaches, formidable position de la cote 191, muets témoins de tant d'actes de sublime héroïsme qui resteront à jamais inconnus, vous êtes nôtres, mais votre conquête, admirable fait d'armes qui semblait impossible, a coûté au régiment des pertes sans précédent : 35 officiers et 1.608 hommes hors de combat sont la lourde rançon de cette journée de victoire. Le canon s'est tu, et le silence de la nuit n'est plus troublé que par les plaintes des mourants et les gémissements des blessés dont l'évacuation se poursuit.

C'est là que le soldat Vercher, amené au poste de secours, meurt en disant au médecin qui le réconforte : "Ça va bien. C'est pour le pays... Vive la France !" (Historique du 21e RIC)


Cette journée du 25 septembre 1915 - la plus meurtrière de toute l'histoire de la France - 23416 tués sur quelques kms de front, Eugène est grièvement blessé par un éclat de grenade.

Citation :

Médaille Militaire et Croix de guerre avec palme

Réformé et retraité le 26/06/1916, il perçoit une pension d'invalidité évaluée à 85 % pour : "énucléation oeil droit (65%) ; défiguration blessure de guerre (10%) ; éclat obus inclus dans maxillaire supérieur gauche et douleurs sous-orbitaire gauche (10%)".

Eugène se marie le 11/07/1917 à Carentan (Manche) avec Alphonsine Pelhate. Leur premier enfant Francis, naît le 09/09/1918, quelques jours avant que son oncle Louis - petit-frère d'Eugène - ne succombe à ses blessures de guerre. Le petit Francis meurt à son tour à l'âge de 3 ans. 2 autres enfants naissent de cette union qui prend fin en 1933.

La même année, "Eugène se remarie avec Yvonne Marie Olivier, ma grand-mère, une institutrice, le 26 décembre 1933 à Carentan. Trois fils naissent en 1935, 1936, et 1939, puis ma mère en décembre 1941 sous l'Occupation.

Ma mère me dit que sa maman avait interdit aux enfants de parler de leur demie-soeur... Eugène travaillait comme facteur - apparemment il avait pu s'inscrire sur une liste prioritaire en tant qu'ancien combattant.

Il y a un événement intéressant survenu le 14 juillet 1936 à Carentan : Eugène marchait dans la rue en uniforme et portant sa médaille, avec d'autres soutiens du Front Populaire quand lui et ses amis ont été agressé par des apprentis bouchers dans la rue et plus tard dans un café. Les journaux de l'époque en ont parlé et l'instigateur, un certain Sansrefus, a eu une grosse amende à payer.

En 1943 et 1944 la ville est bombardée plusieurs fois par l'aviation alliée ciblant les voies ferrées ; Eugène et Yvonne décident de déménager dans un petit village proche, Catz, où Yvonne est institutrice.

La veille du Jour J, des paras américains frappent à la porte, demandent où ils se trouvent ; Eugène les invite à l'intérieur pour leur montrer la carte.

Le matin, des Ostruppen (Géorgiens) viennent à leur tour pour inspecter la maison en demandant : "Monsieur English ? Monsieur English ?", Eugène et Yvonne répondent qu'ils n'ont vu personne...

Libérés peu après, ils ont pu dire à leur enfants à quel point ils détestaient "les Boches"...

En juillet 1944, Eugène travaille avec d'autres civils pour l'Armée américaine. Weston Haynes, journaliste américain de l'Associated Press (AP), les photographie dans un champ en train de préparer des munitions pour le front. Les munitions pour les GIs étaient livrés dans des grosses caisses, or il fallait les mettre dans des petites caisses pour le front.

Eugène reconnaissable à gauche, chauve avec son oeil en verre.

Avec son épouse Yvonne en 1964

Eugène Loir est décédé le 14 avril 1966 à Cherbourg.

Ma mère (fille d'Eugène) s'est mariée en 1960 à Octeville (hauteurs de Cherbourg) avec mon père, un GI américain avec des origines irlandaises stationné à Equeurdreville, et je suis né en 1962 à New York ainsi que ma soeur et mes deux frères."

 

(Avec l'aimable autorisation de Mr Sean DALY, son petit-fils, en visite à Massiges le 12/08/2020)

 

 

Mort Pour La France à MASSIGES le 25/01/1915

Paul MARCHAL

Bulgnéville, VOSGES

Caporal du 21e Régiment d' Infanterie Coloniale, 9e Cie

Paul Marchal et sa compagne tonkinoise, mère de son enfant

Né le 04/11/1877, fils de Joseph Eugène et de Marie Michelet, 1 soeur Marthe ; classe 1897, matricule n°113 au recrutement de Neufchâteau.

1,61m ; cheveux et yeux châtain.

Profession ; militaire de carrière

Incorporé au 156e RI le 15/11/1898 ; rengagé pour 5 ans au 22e RIC le 19/10/1902 ; passé au 18e RIC, puis au 2e RIC.

Campagne du Tonkin du 02/02/03 au 05/04/1906, passé au 4e RIC ; rengagé pour 5 ans le 05/12/1906.

Soldat de 1ère classe le 06/08/1907

Campagne d'Annam (guerre) au 9e RIC du 15/10/1907 au 04/02/1912.

Campagne du Tonkin (guerre) du 05/02/1912 au 09/10/1912 : rengagé pour 1 an ; passé au 10e RIC puis au 21e RIC ; rengagé pour 1 an.

Son régiment est engagé à Massiges dans l'Offensive du 25 septembre 1915, journée la plus meurtrière de toutes les guerres en France...

Paul Marchal ne rentrera pas, il décède des suites de ses blessures à Virginy (village le plus proche de Massiges).

Il repose avec 23 000 de ses frères d'arme au cimetière militaire du Pont du Marson, tombe 3957.

 

(Avec l'aimable autorisation de Mmes Florence et Annie Gosset, ses petite et arrière petite-nièces)

 

 

Blessé à MASSIGES le 02/06/1916

Félix GUILLAUME

Maure, ILLE ET VILAINE

317e RI, 15e Cie

Né le 20/06/1895, fils de Théophile et de Louise Barre ; classe 1915, matricule n° 817.

1,60m ; cheveux blonds, yeux gris

Profession : cultivateur

Incorporé à compter du 09/09/1915 ; parti en renfort le 21/01/1916.

Après 6 mois de campagne à Massiges, Félix Guillaume est blessé par éclat d'obus aux jambes le 02/06/1916, et fait prisonnier.

Il est soigné dans un hôpital allemand à Vouziers puis interné au camp de Wurzburg.

Rapatrié d' Allemagne le 31/12/1918 ; 45 jours de permission ; passé au 41e RI le 19/02/1919.

(Avec l'aimable autorisation d' Armelle Sollier, sa petit-fille, en visite à Massiges en octobre 2018 avec son époux)

 

 

Mort Pour La France à MASSIGES (Médius) le 15/01/1916

Georges MEGRAUD, 29 ans

Saintes, CHARENTE INFERIEURE

33e RIC, 15e Cie

Né le 04/02/1886, fils de Louis et de Juliette Pellier ; classe 1906, matricule n° 7 au recrutement de Saintes.

1,60m ; cheveux noir, yeux roux

Profession : cultivateur

Dirigé le 08/10/1907 sur le 123e RI

Rappelé à l'activité le 02/08/1914, passé au 3e RIC puis au 33e RIC, son régiment de réserve.

Son régiment est engagé dans les combats de Massiges.

Le 15/01/1915 à 9h, Georges Mégraud est tué par balle, probablement au poste dans la tranchée.

Citation : "Brave soldat. Tué glorieusement à l'ennemi, le 15 janvier 1915, à Massiges"

Il laisse une femme et 2 enfants.

Il repose dans l'un des ossuaires du cimetière du Pont du Marson.

Comme lui, beaucoup de soldats ont été primo-inhumés dans des cimetières provisoires proches du champs de bataille. En 1923, les corps ont été ré-inhumés à la nécropole militaire du Pont du Marson (Minaucourt), à 2 kms de Massiges. Lors de la translation de ces trop nombreux corps, beaucoup avaient perdu tout ce qui aurait permis de les identifier. 23000 soldats reposent dans ce cimetière, la moitié sans identité.

(Avec l'aimable autorisation de Mr Stéphane Chartier, son petit-neveu)

 

 

Mort Pour La france à la Main de MASSIGES le 12/02/1916

Fridolin Maurice TOURAINE, 34 ans

Terves, DEUX-SEVRES

115e ri, 12e Cie

Né le 22/12/1881, fils de François et de Prudence Talon ; classe 1901, matricule n°2030 au recrutement de Parthenay.

1,67m ; cheveux chatain, yeux marron

Profession : cultivateur

Incorporé au 114e RI le 14/11/1902

Rappelé à l'activité le 02/08/1914, arrivé au 125e RI le 06/09/1914

Passé au 115e RI le 13/12/1915

Son régiment est engagé dans de violents combats à la Main de Massiges.

Suite à l' éclatement d'une torpille, Fridolin Maurice Touraine meurt enseveli, le 12/02/1916.

JMO du 115e RI

Il repose à la Nécropole du Pont du Marson, tombe n°2038.

(Avec l'aimable autorisation de Mr Jean Ponnet, son petit-fils, en visite à Massiges en juilllet 2019 avec son épouse)

 

 

Blessé à MASSIGES le 28/12/1914

Auguste AUDEON

Saint Etienne de Mer Morte, LOIRE INFERIEURE

Adjudant au 8e RIC

Avec son épouse

Né le 02/09/1991; classe 1911, matricule n° 1459

1,56 m ; cheveux noirs et yeux bruns

Engagé volontaire pour 5 ans le 14/12/1910 au 5e puis au 6e Régiment de Chasseurs d'Afrique.

Campagne d' Algérie du 25/11/1913 au 25/06/1914. Rengagé pour 2 ans au 8e RIC.

Nommé Caporal le 23/09/1914

Son régiment est engagé dans les violents combats de Massiges de fin 1914.

Blessé à Massiges par balle à la joue gauche, évacué le 28/12/1914. Rejoint les Armées le 20/08/1915

Nommé Sergent le 01/10/1915

Blessé le 10/07/1916, rejoint les Armées le 15/07/1916

Citation : "Blessé en voulant assurer le ravitaillement en munitions de sa section isolée dans une tranchée conquise. A rejoit son poste après pansements".

Croix de guerre étoile de bronze, Médaille Militaire

Dirigé sur Marseille à destination de l' armée Orientale le 16/12/1916.

Dirigé sur l'hôpital de Salonique le 6/12/1917 pour pieds gelés. Rentré en France le 01/01/1918, dirigé sur l'hôpital de Nice ; rentré au dépot le 08/04/1918.

Passé au 23e, puis au 22e RIC.

Nommé adjudant le 16/04/1919.


(Avec l'aimable autorisation de Mr Christian Audéon, son petit-fils)

 

 

DISPARU MPLF à MESNIL-LES-HURLUS le 04/03/1915

Jean Baptiste Fernand VAINE, 28 ans

Ruyaulcourt, PAS-DE-CALAIS

120e RI, 4e Cie

 Né le 01/04/1886, fils de Emile et de Marie Ringeval ; classe 1906, matricule n°681 au recrutement de Péronne (Somme).

Les registres matricules ayant brûlé, il y a peu d'informations sur son parcours militaire.

Fernand Vaine a épousé Marie Coupe : ils ont eu 1 fils, Roger.

 

Fernand Vaine est porté disparu dans les terribles combats de Mesnil-les-Hurlus du 04/03/1915, le jugement de décès ne sera rendu qu' en 2020, une fois les prisonniers de guerre rentrés. Sa famille ne percevra aucune aide jusque-là...

"Roger Vaine né en novembre 1913 n'était autre que mon grand-père paternel. Marie Coupe décédera en 1929 d'un cancer du cerveau laissant Roger orphelin à l'âge de 16 ans. Il fut confié à une tutrice et se maria quelques années plus tard avec Louise Barra avec qui il eut 2 enfants, Alain (mon papa) et Michel. Mon grand-père que j'ai très bien connu, a eu un vie très heureuse malgré son commencement (il a fait de hautes études, est devenu ingénieur, et a été maire de Bertincourt) et a toujours eu l'espoir tout au long de sa vie de retrouver une trace de son papa. La dernière année de sa vie, il était mal à l'aise à l'idée de partir sans que son papa n'ait au moins une plaque à son nom quelque part en dehors du monument aux morts de Bertincourt. Une nouvelle plaque fut déposée sur la tombe de sa maman (Marie Coupe). Sur cette plaque, il est écrit : "En mémoire à Fernand VAINE mort pour la FRANCE 1886-1915". 

Lors de l' inventaire des noms figurant sur l'ensemble des tombes, son nom sur cette fameuse plaque fut interprété à tort comme s' il reposait à cet endroit". (Mr Vaine, son petit-fils)

Arrière-grand-père de l’époux de la maîtresse de l'école, un hommage lui fut rendu à l'occasion du défilé du 11 novembre 2015 :

Trois lettres écrites dans les tranchées en Champagne ont été lues par les élèves :

Le 26 janvier 1915

Chère tante, cousin et cousine,

Je vous écris une petite lettre pour vous dire que je suis en bonne santé et j’ai reçu votre carte qui m’a fait un grand plaisir. Aujourd’hui, nous sommes au feu toujours dans cette maudite forêt ; il fait froid et tombe de la neige tous les jours. On est là, tout comme des sauvages et comme nourriture : pas trop bien non plus.

Enfin, malgré les misères […] j’ai toujours espoir de vous revoir quand ce sera fini et surtout ma femme et mon petit Roger. Aussitôt que vous pouvez me donner des nouvelles je serai bien content car par chez nous, je ne peux pas en avoir.

Je finis ma petite lettre en vous embrassant de tout mon cœur. Bien bonjour à ma cousine Louise, embrassez-la pour moi.

 

Le 7 février 1915

Ma chère femme et Enfant,

Je vous écris une petite pour vous dire que je suis toujours en bonne santé et j’espère bien que ma charmante lettre vous trouvera de même à son arrivée ainsi que toute la famille. Aussitôt que tu pourras, tu me donneras des nouvelles car ça me semble long de ne pas en avoir de toi et de mon petit Roger. Aujourd’hui voilà qu’il a quinze mois, il devrait bien courir. Ne te fais pas de mauvais sang, car j’ai toujours espoir de vous revoir tous les deux après la guerre.

[…] Espérons qu’ils partiront bien vite. (...) Fais bien attention à toi et à mon petit enfant chéri que j’aime et je pense toujours à vous. (...) Des nouvelles le plus vite possible.

Ton mari qui t’aime et qui ne t’oublie pas et mon enfant.

Fernand Vaine

 

Le 18 février 1915

Chère tante, cousin et cousine,

Je réponds à votre carte que j’ai reçue et qui m’a fait un grand  plaisir de vous savoir en bonne santé. Moi je me porte toujours bien malgré le mauvais temps. […]

Hier, le canon a tonné toute la journée et la nuit, les boches en ont pris pour le mardi gras !

Il en a tombé depuis deux jours, des boches et des obus !

Vivement que ça soit fini… (...)

 

 

(Avec l’aimable autorisation de son arrière petit-fils Mr Alexandre Vaine)

 

 

Calixte Joseph DEFFAYET

Sixt Fer à Cheval, HAUTE-SAVOIE

97e RI, 158e RI 24e Section d’Infirmiers

Sa plaque (artisanale) a été retrouvée à Massiges par Alain MORLET. Annie a retrouvé son arrière petit-fils, très ému.

Calixte Deffayet est né le 23/11/1880, fils de Claude et de Félicité Gentil ; classe 1900, matricule n°2256 au recrutement d' Annecy.

Profession : Cultivateur

Il a épousé le 23/02/1905 Marie Richard. Ils ont eu 2 enfants.

 

Incorporé le 18/11/1914 au 97e RI, passé le 19/04/1916 au 158e RI

Passé le 26/07/1917 à la 24e Section des Infirmiers de l’Ambulance 7/21.

Blessé le 17/09/1916 à Vermandovillers (Somme) : "Contusion par éclats d’obus suivi d'un abcès"

Mis en congé illimité de démobilisation le 29/01/1919.

Calixte Deffayet se retire à Sixt Fer à Cheval où il décèdera le 09/02/1919, quelques jours seulement après sa démobilisation...

 

(Avec l'aimable autorisation de Mr Michel Vagnat, son arrière petit-fils)

 

 

Albert LEGLAUD

Voussac, Allier

138e RI, 1er Régiment de Zouaves,

Sa plaque a été retrouvée à La Main de Massiges dans les années 50 par le grand-oncle de Delphine (épouse de notre Président).

Annie Mandrin a retrouvé son petit-fils Mr Albert Roland Besson (historien de l’Art), très ému car sa grand-mère lui a peu parlé de lui. « C’est un grand cadeau que vous me faites là » ont été ses mots. Sa mère lui a donné le prénom de son grand-père et il a gardé la maison familiale de Voussac.

 

Né le 20/07/1895, fils de François et de Anne Dufour : classe 1915, matricule 163 au recrutement de Montluçon.

Profession : Cultivateur

1,72m, cheveux chatain, yeux bleu

 

Incorporé le 16/12/1914 au 138e RI, passé le 04/06/1915 au 1er Régiment de Zouaves, puis à la 42e Cie le 24/06/1915.

Soldats Lorent de Cressange : Lepeix d'Echassière, Albert Leglaud et Laplanche de Verneil (1er RZ, en juin 1915).

Le "grand Charet de Voussac, l'homme de la Marie Labe" ; Albert Leglaud, et "le petit Pinguet de Larfeuille" (Août 1915)

Blessé le 20/10/1916 au Bois de Chaulnes (Somme) : "blessures multiples cuisse gauche"

Maintenu inapte pour l’Infanterie et apte pour l’Artillerie

Affecté le 18/05/1918 au 22e RAC 71e puis 72e Batterie, classé le 27/08/1918 au 37e RAC

Il a épousé le 18/02/1922 à Voussac Marie Eugénie Lepeix : 2 filles, Lucette et Marie (encore en vie), sont nées de cette union.

 

Proposé pour une pension temporaire de 20% le 30/01/1924 pour "raideur de la scapulo-humérale

gauche, douleurs du membre inférieur gauche."

Il est décédé le 31/08/1947 à Target (Allier).

 

(Avec l'aimable autorisation de Mr Albert Roland BESSON, son petit-fils, en visite en avril 2019 à Massiges, avec son épouse)

 

 

Blessé à MASSIGES le 25/09/1915

Clément SALLEE

Paris 11e, SEINE

Sergent du 23e RIC

La plaque du Sergent Clément SALLEE a été retrouvée dans le jardin de la famille Camart à Suippes.

Blessé le 25/09/1915 à Massiges et probablement évacué dans un centre de secours à Suippes, le soldat a certainement perdu sa plaque à ce moment là.

La famille a conservé le casque, les médailles et quelques photos. La plaque a pu lui été restituée grâce aux recherches d' Annie Mandrin.

Très émue, la famille s'est rendue à Massiges le 17/04/2019 (4 générations présentes dont Mme Jeanne Sallée, 99 ans, belle-fille du soldat !)

Une rencontre a été organisée avec la famille Camart sur le Site de la Main de Massiges, là encore l’émotion a été palpable.

 

( 4 générations de visite aux tranchées sur les pas de leur ancêtre avec Jean-Pierre Mainsant ; Mme Camard, Mme Pommard petite-fille, Annie Mandrin , Mme Clément belle-fille, et M Camard )

Clément Sallé est né le 17/02/1895, fils de Georges et de Louise Cany ; classe 1915, matricule 4722 au recrutement de Versailles.

Profession : Employé principal aux Chemins de Fer

C’était un musicien hors pair, et un pianiste émérite.

1,74m, cheveux châtain clair, yeux gris bleu

Incorporé et arrivé au Corps le 19/12/1914 au 23e RIC

 

Le 23e RIC est engagé dans les terribles combats de septembre 1915, il sera décimé.

Clément Sallé est blessé le 25/09/1915 à Massiges : "plaie de la partie inférieure cuisse droite".

 

Citation : Très bon chargeur qui au cours des opérations de juillet 1916 à mai 1917 s’est affirmé comme un modèle d’énergie et de bravoure, le 15/08/1917. A contribué à enrayer une contre attaque ennemie dans des circonstances difficiles et sous un violent bombardement.

Nommé Caporal le 03/12/1917

Citation : Excellent chef de pièce d’un calme et d’un sang froid imperturbable. S’est particulièrement distingué au cours de l’attaque du 01/06/1918 alors qu’il faisait partie d’un groupe de Mitrailleuses avancé, chargé par son chef de section d’assurer le ravitaillement en munitions, s’est acquitté brillamment de sa mission sous un bombardement d’une violence extrême.

Citation : Chef de pièce hors de pair, s’est particulièrement distingué au cours des combats du 17 au 26/07/1918 où il a dirigé le feu de sa pièce d’une façon parfaite, notamment le 25/07 où il a pu infligé des pertes sanglantes à l’ennemi.

Citation : Chef de pièce hors de pair le 19/10/1918 ayant eu son chef de pièce tué, a pris le commandement de sa section et s’est acquitté brillamment de sa mission.

Clément Sallé est de nouveau blessé le 27/10/1918 : "éraflure par balle jambe gauche".

Croix de Guerre avec Etoile de Bronze, Médaille Militaire.

Nommé Sergent le 15/12/1918.

 

Clément Sallé a épousé Juliette Godard le 26/11/1919. 3 fils Jean, Roger et Raymond sont nés de cette union.

Il est décédé le 31/05/1951 au Vésinet.

 

 

(Avec l’autorisation de Mme Sallée sa belle-fille âgée de 99 ans photographiée ici avec Albert Varoquier, doyen et mémoire vivante de Massiges, et de Mme Pommard sa petite-fille, professeure de musique à la retraite)

 

 

Mort Pour La France à MASSIGES (Bois Marteau) le 06/10/1915

Joseph CORTES, 35 ans

Argelès, PYRENEES ORIENTALES

Caporal du 80e RI

Classe 1900, matricule 1344 au recrutement de Perpignan.

1,65m ; cheveux châtain clair, yeux bleu clair

Incorporé au 96e RI le 16/11/1901 ; nommé Caporal le 21/09/1902.

 

Rappelé à l'activité le 02/08/1914 ; passé au 80e RI le 02/10/1915

Son régiment est engagé dans la Grande Offensive de Septembre 1915.

Il est décimé.

Joseph CORTES est tué le 06/10/1915 lors des violents combats du Bois du Marteau.

Il repose probablement dans l' un des ossuaires de la nécropole du Pont du Marson.

 

"Avant-dernier d’une longue fratrie, il était né à Argelès (Pyrénées Orientales) le 16 mai 1880, de parents déjà âgés. C’est sans doute cela qui l’amena à une jeunesse un peu turbulente, jusqu’à ce que sa rencontre avec un pasteur protestant (ils étaient rares dans la région à cette époque) le fît changer radicalement de mode de vie. Il s’engagea fortement dans la religion protestante, au point qu’il était colporteur évangéliste dans tout le département lorsque le conflit commença.

Malgré des sentiments hostiles à la hiérarchie et au militarisme, il était sous-officier (caporal) lors de son arrivée au sein du 80° régiment d’infanterie, le 2 octobre 1915. Quatre jours plus tard, il est décédé lors de la très meurtrière journée du 6 octobre 1915, dans les combats sur l’attaque du Bois Marteau. La mémoire familiale dit qu’un obus est tombé exactement sur le boyau de tranchée où il était; mais je ne sais pas si ce fait est exact. Son corps, à ma connaissance, n’a jamais été retrouvé."

(Patrick Dombrowsky)

(Avec l'aimable autorisation de Mr Patrick Dombrowsky, son arrière petit-fils)

 

 

Blessé à TAHURE le 28/09/1915

Victor RICHARD

Maîche, DOUBS

Cannonier téléphoniste du 47e Régiment d'Artillerie, 1ère Batterie

(photo prise après la mort de son frère en juin 1915. Victor Richard porte un brassard de deuil)

Né le 7 mars 1892, fils de Léon Richard et de Clara Cartier ; classe 1912, matricule 1511 au recrutement de Besançon.

Profession : charron, cultivateur

1.72 m ; cheveux châtain foncé, yeux marron foncé

Incorporé le 09/10/1913 au 47e RA.

Son remarquable carnet de guerre est un témoignage sanglant de la violence des combats de septembre 15.

Troué par un éclat d’obus et tâché de son sang, son carnet.

"Il aimait, par ailleurs, laisser des traces de son temps passé au poste téléphonique en écrivant des chansons de régiment qu’il signait toujours de l’endroit où il se trouvait pour marquer le « souvenir de la guerre » comme il le notait". (Lionel CLEMENT, son arrière petit-fils)

Victor RICHARD (à gauche) avec ses frères d'arme

 

Extraits de son carnet : "Mémoires de campagne d’un jeune artilleur Classe 1912 Victor RICHARD 47è RA"

 

Le 14 juin 1915, journée terrible pour moi et plusieurs de mes camarades. J’apprends une terrible nouvelle : la mort de mon frère qui était en traitement à Paris. J’en suis bien peiné. Et pour se remettre nous recevons un bombardement terrible. Un téléphoniste de 5e est tué net à 5 mètres de moi, mais je suis tellement découragé que je ne crains plus la mort. Un obus de 105 rentre en plein dans la cabine téléphonique. Nous sommes couverts de terre et de poussière. Le cabot est blessé. J’en échappe encore pour la peur.
Le 15, terrible accident à la 3ème batterie. Pendant le tir une pièce saute. Le pointeur et le chargeur sont horriblement déchiquetés. Le chef de pièce est blessé.
Le 16 et 17 je travaille à faire des cercueils pour nos deux camarades (GEOFFROY et CALAME).
Du 18 au 25 il pleut toute la journée.
Le 26, même accident au 5ème d’Artillerie. Une pièce saute et trois hommes sont horriblement brulés, mais pas de morts.

 

Première Offensive de Champagne 1915 : secteur de Tahure

Le 28 août départ. Il pleut averse. Nous faisons une vingtaine de kilomètres et allons prendre position dans la région de Suippes. Nous y faisons des abris blindés et on se prépare du 1er au 21. Journées très calmes.
Le 22 on prépare l’attaque qui dure la journée du 23, la nuit et le 24 toute la journée.
Le 25, ordre de tenir, puis ordre de partir au poste d’observation. Il pleut et il fait du brouillard. A 9h exactement on entend le signal de l’attaque. Nos fantassins bondissent en dehors des tranchées, mais la première vague d’attaque est littéralement fauchée par les mitrailleuses. Nos fantassins montent six fois à l’attaque et sont repoussés chaque fois avec de lourdes pertes car nous avons entre nous, entre la 2eme et la 3eme ligne un fortin qui tient toujours. Mais le soir, la division MARCHAND, qui a très bien marché exécute un mouvement tournant et cerne le fortin.
Le 26 matin les boches se rendent et notre départ est assuré. Le Commandant fait détruire les lances-mines et se fait sauter la cervelle pour ne pas assister à la prise de ses positions par les français. A 10h du matin on amène les avant trains. Nous traversons les ruines de Jonchery et prenons position en arrière de la deuxième ligne allemande. Nos fantassins avancent lentement. Plusieurs batteries boches sont en notre possession : 2 de 77, 3 de 105 et une de 150.

La nuit du 27 est calme.
Le matin la lutte reprend avec acharnement. Nous changeons notre poste d’observation. On le transporte en 1ere ligne. La ligne est coupée souvent par les obus. Nous couchons derrière les abris boches.
Le 28 nous reprenons l’attaque. Nos fantassins avancent difficilement. Le soir, vers 5h, on prépare une nouvelle attaque que l’artillerie accompagne de ses rafales. Je suis à l’observatoire. Les boches bombardent aussi. Le corps envoie un téléphoniste réparer la ligne. Il ne fait pas 30 mètres hors de l’abri qu’il est tué. Le Capitaine me commande. Je pars de suite. Je fais 150 mètres et un obus éclate à 5 mètres de moi. Je roule en bas de la crête et je me relève avec une blessure à la poitrine et à l’épaule, et le mollet droit traversé par un éclat d’obus. Je suis relevé par des fantassins et emporté au poste de secours et de là, dirigé vers l’ambulance. A Jonchery on me fait un pansement sommaire et on me met dans une voiture ambulance pour Jonchery. On me nettoie et on lave mes plaies et je passe la nuit.

"Nous soussigné, FAYOLLE Pierre, médecin aide-major, certifions que RICHARD Victor, le vingt huit septembre mille neuf cent quinze, a été blessé par des éclats d’obus à la partie antérieure du thorax (côté droit) et une plaie à la jambe droite sans lésons osseuses. RICHARD fut aussitôt évacué par les brancardiers sur l’ambulance de Jonchery." (Certificat d’origine de blessures de guerre)

Le matin du 29 on m’embarque dans le train pour une destination inconnue. Nous voyageons toute la journée et arrivons à Paris en gare La Chapelle (ou gare du nord) ou nous restons 24 heures en attendant notre tour d’être débarqués. Nous n’avons rien à boire et que singe à manger. C’est défendu aux civils d’approcher. Le 30 à 22heures nous sommes mis dans une ambulance et de là transportés à (...) ou je suis soignés par de gentilles petites infirmières dans un beau lit blanc. J’y passe de longs mois et le 17 Avril je suis évacué au lycée Michelet à Vanves en attendant ma convalescence. Le 23 avril je quitte Paris pour deux mois à passer dans ma famille à Maîche. Cela fait plaisir après 24 mois de guerre, de revoir ses parents et toute sa famille.

En convalescence jusqu’au 7 septembre 1916, Victor RICHARD retourne ensuite au front.

Avec son épouse, ils auront 8 enfants.


Deuxième Offensive de Champagne 1918 : Tahure
"Le 23 septembre, départ à 17heures. Faisons 20 km et venons cantonner au milieu des champs à 800m de Croix en Champagne. Là nous passons la journée, et le soir à la brume. Faisons 18 km et prenons position d’attaque aux environs d’Hurlus (Champagne). Passons la journée du 28 septembre, et le 29 à 23 heures se déclenche la préparation d’attaque qui dure 6 heures.
A 5 heures, le 26, nos fantassins sortent des lignes, soutenus par un fort barrage roulant. Ils enlèvent les premières crêtes sans pertes. A 8 heures, nos batteries se portent en avant. Prenons position vers Hurlus. Passons la journée le 27 septembre. Partons encore en avant et prenons position à 200 mètres des ruines du village de Tahure reconquis. Passons la journée dans la boue et la flotte qui tombe. Restons la journée du 28 et 29.
Le 30, avançons de 2 km.
Le 1 et 2,3, restons à nos positions en avant de la voie ferrée (ravin des chasseurs).
Le 4 au soir allons prendre position au bois du singe en avant du village de (illisible).
Le 9 octobre à minuit sommes relevés de notre tir. Partons et faisons 20 km et nous cantonnons près de Hans au camp Chaussoy en champagne. Là, nous passons plusieurs journées au repos."

Evacué le 18/10/1918 pour grippe espagnole, hôpital du 23/10 au 6/12/1918, 30 jours de convalescence.

Démobilisé le 17-08-19. Pension de 10% pour "reliquats de plaie par éclat d'obus et cicatrice adhérente."

Les arrières Grands Parents Richard à Montcoux Jura, années 40

Victor Richard est décédé le 21 novembre 1963 à Maîche.

"Je ne sais pour quelle raison, tant le front est vaste, mais je me suis retrouvé au milieu des années 90 à arpenter le front de Champagne. J’y suis allé plusieurs années de suite, plus précisément à MASSIGES (la Main de Massiges), ne pouvant pénétrer dans le camp de Suippes.

En tout cas ceci est très étrange, d’autant plus qu’en 2004, alors que je n’avais pas encore activé mes recherches, j’ai acheté une partie du champ de bataille de Champagne, justement à MASSIGES (index de la main). Je savais donc que je devais m’y ancrer. En tout cas c’est bien à la mémoire de Victor RICHARD que j’ai inconsciemment acheté cette terre meurtrie. Je conserve tous les éléments rassemblés le concernant, dont un coquelicot ramassé lors de la bataille de la Marne, son carnet percé par un éclat d’obus et plein de sang ou encore des fils de sa capote bleue horizon, tous ses chants écrits à la main. Il avait 22 ans quand il est parti se battre, écrivait bien, était lucide. Il aurait pu mourir au moins deux fois (blessures et grippe espagnole). Mais non, son épouse a donné naissance à ma grand-mère Germaine en 1920 et moi je suis là…

A la mémoire de mon arrière grand-père maternel. Grâce à Dieu tes mots ne se sont pas perdus et tes arrières-arrières petits enfants te liront.

Lionel CLEMENT, le 30/06/2020"

(Avec l'aimable autorisation de Mr Lionel Clément, arrière petit-fils de Victor Richard)

 

 

DISPARU MPLF à PERTHES-LES-HURLUS le 19/03/1915

Henri RAGEOT, 25 ans

Landéan, ILLE-ET-VILAINE

Caporal du 124e RI, 5e Cie

Né le 18/01/1890, fils de Théophile et de Marie Barbelettes ; matricule 1322 au recrutement de Vitré.

Profession : cultivateur

1,67 m ; cheveux chatain, yeux marron clair

Incorporé au 124e RI le 09/10/1912 ; nommé Caporal le 13/01/1915

Henri Rageot disparaît le 19/03/1915 dans les terribles combats de Perthes-les-Hurlus.

Il repose probablement dans l' un des ossuaires de la nécropole du Pont du Marson.

(Avec l'aimable autorisation de Mme Martine Garnier, sa petite-nièce, en visite à Massiges avec son époux fin 2018)

 

Blessé à MASSIGES le 27/09/1915

Sergent Paul BONNAFOUX, 4e RIC

Plaissan, HERAULT

Né le 21 novembre 1882, fils de Gonzague et Isabelle Pomié

Agriculteur, il était père de 5 enfants.

Rappelé au 4e RIC le 1er Août 1914

Nommé Caporal le 2 décembre 1914 puis Sergent le 18 février 1915

Blessé (non évacué) le 27 septembre 1915 à Massiges par éclat d'obus à la tête

Son poignant récit est en ligne dans LES COMBATS DE LA MAIN puis l'offensive de septembre 1915.

Citation :

"Sur le front depuis le début de la campagne, s'est toujours fait remarquer par sa belle conduite au feu pendant les combats de septembre au cours desquels il a été légèrement blessé, a refusé de se laisser évacuer"

Nommé Adjudant le 1er octobre 1915 : "réel entraîneur d'hommes, connaissant son métier d'une façon parfaite et le comprenant. A les trois qualités nécessaires à un chef de section : Courage, entrain et calme."

Il envoie les paroles de la chanson du pont de Minaucourt-composée par Abel Majurel, caporal au 22e RIC mplf-à toute sa famille en lui demandant de l'apprendre afin de la chanter à son retour.

"Pont de Minaucourt 1932"

En 1932, un de ses amis revenu dans la région, tire des photos richement annotées du champ de bataille. Elles se trouvent dans CARNETS ET PHOTOS sur la page d'accueil du site.

"Ces combats ont marqué nos anciens de façon indélébile" écrit le petit-fils de Paul Bonnafoux qui nous fait partager cette inestimable mémoire familiale.

Paul BONNAFOUX :"Secteur du Petit Bois près de Maucourt en mars 1916"

Blessé le 12 août 1916 à Biaches (face et cuir chevelu par EIB)

Passé au dépot des isolés coloniaux de Marseille le 31 décembre 1916

"Très bon adjudant de Cie. A su maintenir ses hommes en première ligne en des moments particulièrement difficiles"

"Très crâne au feu, dévoué et consciencieux"

Commission de réforme en 1931 : pension 15% pour troubles digestifs, syndrôme d'ulcère duodénal, et amaigrissement.

Médaille Militaire

Article du Midi libre, édition du 9 novembre 2018

 

(Avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Michel Bonnafoux, son petit-fils)

 

 

 

 

MORT POUR LA FRANCE à VILLE-SUR-TOURBE le 05/10/1915

Léon TOURNEUR, 32 ans

Virson, CHARENTE-INFERIEURE

7e RIC

Le jour de son mariage

Né le 20/11/1882, fils de Gustave Tourneur et Armantine Rambaud ; classe 1902, matricule 1580 au recrutement de La Rochelle.

Cheveux et yeux châtain

Profession : cultivateur

Exempté de service militaire pour "hernie crurale"

A épousé Ophélie le 14/09/1908 : deux enfants sont nés de cette union.

Suite à l'hémorragie des premiers mois de guerre, de nombreux hommes pourtant exemptés ou réformés sont rappelés en service armé.

Classé dans le service armé le 09/12/1914, Léon Tourneur arrive au 7e RIC le 14/02/1915.

L'avis de réforme pour "albuminerie" le 22/04/1915 est annulé.

Parti au front le 05/09/1915 depuis Saint Médard en Jalles en Gironde où il a fait plusieurs mois de préparation militaire.

Léon Tourneur avec ses frères d'arme en 1915

"Du 23 au 30 septembre, violentes attaques françaises vers Ville-sur-Tourbe et Massiges : enlèvement de la partie Est de la Main de Massiges. Puis organisation et occupation des positions conquises".

Sa dernière carte :

« 23 7bre 1915  Ma chère Ophélie,

Je voulais t’écrire dès ce matin, mais il me fut impossible vu le peu de temps que nous avons de libre. En ce moment nous faisons des tranchées et prochainement nous allons les occuper pour nous habituer. Je reçois tes lettres régulièrement et suis très satisfait de savoir mon beau père en bonne voie de guérison. Je te donnerai d’avantage de détails quand je serai libre; pour le moment nous avons la presse et demain 24, nous passons la journée sur le terrain de manœuvre. Ma santé est bonne et suis heureux de vous savoir bien portant vous aussi.

Votre soldat qui pense souvent, très souvent à sa petite famille vous embrasse bien fort. Léon »

Son ultime combat :

Extraits du JMO du 05/10/1915

Léon Tourneur est probablement l'un de ces 2 hommes tués à Ville-sur-Tourbe le 05/10/1915 lors de la grande Offensive de Champagne.

"Notre grand-mère s’était rendue au cimetière militaire de Ville sur Tourbe en 1919" avec l’intention de faire rapatrier le corps de son époux.

La loi l'interdit mais les familles en deuil sont prêtes à tout...

Le 6 août 1919, elle écrit au dos de cette carte : « Chère maman, Ce matin nous sommes allés au cimetière. Nous avons facilement trouvé la petite croix où est gravée le nom de mon pauvre Léon. Ce soir nous repartons pour Sainte Ménéhoulde. Nous reviendrons demain pour essayer de le faire mettre dans un cercueil mais en cachette. Je ne sais pas si nous pourrons réussir… je t’embrasse bien ainsi que mes deux petits. Je pense qu’ils sont bien sages. Ophélie Tourneur »

L'entreprise échoue...

Il faudra attendre 1921 pour que la douleur des familles soit enfin entendue et pour qu'elles puissent organiser le retour de leur fils ou époux.

"Léon Tourneur a été exhumé par la suite et il a maintenant sa sépulture au Gué d'alleré.

Lors du déménagement de la maison familiale, j’ai trouvé un livre intitulé « De Liège à Verdun – de la Somme au Rhin – la guerre racontée par nos généraux » sur lequel des paragraphes ont été soulignés.

Elle avait probablement cherché à connaitre les circonstances de la mort de son mari.

Veuve à 28 ans avec deux enfants en bas âge, elle a certainement eu du mal à faire son deuil. Je l’ai toujours connue amnésique et nous ne lui posions pas de question concernant son époux. Denise et Rémy, leurs deux enfants, ont été orphelins à 2 ans et 5 ans. Ils n'ont pas pu connaître leur père". (Monsieur Jean-François Torneur son petit-fils)

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Jean-François Tourneur venu en famille à Massiges le 17/05/2017. Ils se sont retrouvés dans l'émotion autour du Calvaire dédié aux Coloniaux)

 

 

Mort Pour La France à MASSIGES le 09/01/1916

André LAVERTON, 30 ans

Paris 1er, SEINE

101e ri, 2e Bataillon, 4e Compagnie

Né le 03/02/1885, fils de Casimir et de Marie Massot ; classe 1905, matricule n° 404 au recrutement de Dreux.

1,52m ; cheveux bruns, yeux gris bleu

Profession : charretier de labour, aide de culture

Classé dans le Service Auxiliaire pour "faiblesse" en 1906 puis incorporé l'année suivante au 101e RI.

Cette magnifique boite de caserne, régimentaire, lui a été remise.

Conservée précieusement plus d'un siècle après par son neveu, Rémi Laverton, cette boite lui a été confiée par son père, jeune frère du soldat :

"Mon Pére Lucien  n'avait pas encore 20 ans, il n'a jamais été au combat, il est resté dans le Génie pour réparer les voies d’accès pour le transport du matériel, munition et ravitaillement". Ses 3 frères ne rentreront jamais : Albert en 1914 à coté de Bar le Duc ; Gervais en 1915 disparu à la bataille de Notre Dame de Lorette (son nom figure sur l'anneau de la mémoire) et André en 1916 à Massiges !!! 

 

A la mobilisation, André Laverton est rappelé au 101e RI.  

Deux courriers font état d' hospitalisations fin septembre 1914 et janvier 1915 pour une blessure au pied : s'agit-il d'un pied gelé, terrible pathologie des tranchées liée aux longs séjours dans l'eau froide et au port de guêtres qui comprimait la circulation sanguine ?

André Laverton avec ses frères d'arme en 1915

Son régiment est engagé dans les combats de Perthes-Les-Hurlus en 1915 et Massiges en 1916. L'hiver y est terrible :


"Aspect chaotique ; le terrain formé de glaise est détrempé, glissant, boueux. Les boyaux dont de véritables fossés où l'eau arrive au-dessus du genou, les tranchées sont comblées par la vase où l'on s'enlise.
Presque pas d'abris ; ceux qui existent ont été crées par les allemands et leurs issues sont tournées vers l'ennemi (...) A l'arrière les cantonnements sont rares, les villages misérables, le paysage triste ; enfin, l'hiver est arrivé, les pluies et les chutes de neige sont fréquentes.
Pendant la période de repos, de nombreux malades, évacuations pour pieds gelés. Ces pieds gelés sont dus au séjour dans l'eau. Environ 40 à 50 cm d'eau au minimum dans les tranchées de 1ère ligne et les tranchées de soutien."
(JMO du 21/12/1915)

Le 7 janvier 1916 le 2e Bataillon va occuper les abris sud du Médius pour relever le 142e ri, les abris de Massiges et de la Côte 138. La relève se fait difficilement en raison du mauvais temps.

Le 8 janvier 1916 : journée relativement calme. Bombardement de la Verrue et du Cratère par obus de gros calibre. Des obus de gros calibre tombent entre 14 et 16h dans le ravin au sud de l' Index et du Médius.

Le 9 janvier 1916 : son ultime combat

André Laverton est tué dans les tranchées en avant de Massiges.

Primo-inhumé au cimetière provisoire de Massiges puis il sera transféré en 1923 à la Nécropole Militaire du Pont du Marson, tombe 4829.

Citation : "Bon soldat brave et très dévoué. A toujours donné entière satisfaction à ses chefs. A trouvé une mort glorieuse le 9 janvier 1916 à son poste de combat à Massiges".

Croix de guerre avec étoile de bronze.

(Avec l'aimable autorisation de Monsieur Rémi Laverton, son neveu)

 

 

Blessé à MASSIGES le 08/10/1915

Emile VIALA

Saint-Amans-Valtoret, TARN

Sous-Lieutenant du 15e RI, 1er Bataillon, 2e Compagnie

Né le 29/05/1893, fils de Louis et de Marie Adelaide Durand ; classe 1914, matricule n° 943 au recrutement de Carcassonne-Albi.

Profession : élève maître à l' Ecole Normale

1,69m ; cheveux noirs, yeux châtains

Appelé à l'activité à la déclaration de guerre. Incorporé au 80e RI à compter du 06/08/1914.

Nommé Caporal un mois plus tard, il participe à l'instruction de la classe 14. Reçu Aspirant fin 1914 et passé au 53e RI où il participe à l'instruction de la classe 1915.

"Un beau jour, fièvre de cheval, à demi conscient je suis transporté à l'Hôpital Militaire. Diagnostic « Embarras gastrique fébrile ». Je saurai plus tard qu'il s'agissait de parathyphoïde. Après quelques semaines à l’hôpital (...) je suis envoyé en convalescence.

Retour à Perpignan, puis départ vers la fin du printemps dans un bataillon dit « bataillon divisionnaire » formé de jeunes de la classe 15 et des récupérés venus de divers dépôts de Montpellier.

Multiples déplacements dans la région champenoise où le bataillon avec beaucoup d'autres participe à la préparation de l'offensive de septembre 1915 en Champagne – notamment au creusement des grands boyaux qui devaient permettre l'arrivée et la progression de troupes destinées à exploiter le terrain après la rupture des lignes. Entre temps j'avais eu mon galon de sous-lieutenant.
Échec, la percée n'est pas réalisée. Suivant les secteurs les deuxième ou troisième lignes allemandes ont tenu. Résultat une hécatombe. Les régiments qui ont participé à l'attaque sont décimés. Ils sont ramenés à quelques kilomètres à l'arrière pour être reconstitués. Mon bataillon est versé au 15e RI".

Avec plus de 23 000 morts la journée du 25 septembre 1915 restera la journée la plus meurtrière de l'histoire de l' Armée Française !

"Quelques jours plus tard le régiment remonte en ligne. Vingt-quatre heures en réserve de première ligne au sud de la Main de Massiges, puis première ligne légèrement au-delà de la crête de la Main de Massiges. (tranchées au sud de la ferme Chausson)

Secteur non encore organisé, pas de barbelés pas d'abris, les allemands en contrebas à une soixantaine de mètres. La première nuit pose de barbelés ; rouleaux accordéons que l'on déroule sur le parapet et que l'on fait rouler aussi loin que possible".

L' Offensive se poursuit avec de nouvelles attaques entre le 27 septembre et le 6 octobre où le 1er Bataillon est de nouveau déployé au bois des Kamarades. "Cette attaque n'a finalement pas lieu mais la région est soumise toute la journée à un fort bombardement.

Emile Viala est blessé le 8 octobre 1915 d'un éclat d'obus à la tête "plaie des téguments du crâne et du périoste par éclat d'obus", son décès est noté dans le JMO !

"Mon AGP est effectivement un miraculé, par rapport à l'impact, par rapport à son extraction (a dû menacer un brancardier avec son arme pour être secouru et ramené à l'arrière), et par rapport aux suites chirurgicales car la plaie est devenue puante et purulente mais finalement un chirurgien s'est occupé de lui in extremis". (Alexandre Viala, son arrière petit-fils)

Témoin de cette dramatique période et symbole de la souffrance de ces hommes, son casque est conservé par sa famille.

Récit d' Emile Viala :


"Le lendemain dans la fin de l'après-midi je suis blessé.

Premier pansement par le médecin auxiliaire du bataillon dans le poste de commandement du bataillon.

La nuit venue, j'ai repris assez de forces pour quitter la première ligne à pied et suivant des brancardiers qui portent des blessés.

La crête de la main de Massiges qu'il faut traverser est abondamment arrosée d'obus de divers calibres. De tous côtés ce sont des éclairs fulgurants allant du jaune au rouge. Les brancardiers suivent autant que possible les bouts de boyaux encore marqués ou vont d'un entonnoir à l'autre. Parfois, je les vois se jeter à terre. C'est qu'ils entendent venir les obus. Quant à moi la tête enveloppée dans un pansement, je ne perçois aucun son, ni sifflement, ni éclatement, ni vrombissement des éclats et je continue à marcher comme si rien ne se passait. De là des conclusions à tirer quant à l'influence du bruit sur le comportement du combattant.

Je rejoins le poste de secours régimentaire. Nouveau pansement et vers le petit matin je suis évacué en voiture sur un poste plus important organisé dans l'église de .... . Nous restons sur des brancards ou des matelas posés à terre.

La nuit suivante transfert dans un hôpital à Ste-Menehould bourré de blessés. Je reste là un jour, deux jours sans autres visites que celles d'infirmiers m'apportant à boire. Je réclame en vain un médecin. La tête me fait mal, le pansement sent mauvais, la fièvre monte, la conscience s'en va.

Avec l’énergie du désespoir je hurle pour appeler un médecin. Un major arrive enfin. C'était temps la plaie commençait à s'infecter. Grand nettoyage et je me sens beaucoup mieux comme délivré.

Le lendemain je prends place dans un train sanitaire qui le soir s'arrête à la garde de l'Est à Paris. Brancardiers, infirmiers, majors envahissent le train, l'un de ces derniers se précipite sur mon casque dont je ne me suis pas séparé depuis qu'il m’a sauvé la vie et dont heureusement la jugulaire est passée à mon bras. Le major veut à tout prix s'en emparer, je dois me bagarrer pour le conserver. Bref me voilà transporté dans un hôpital qui occupe une partie des locaux du Collège Bossuet, rue Madame à l'angle du jardin du Luxembourg. Hôpital de la Haute Société parisienne ! Les soins courants sont donnés par de grandes dames femmes de généraux, de diplomates, etc. Les veilleurs de nuit sont des colonels ou généraux en retraite. Le médecin-chef est le professeur Dernos, chirurgien des hôpitaux de Paris.
Je quitte Paris en janvier 1916 (convalescence à Bessès)
Puis (début 1916) c'est la rentrée au dépôt du 15e RI à Albi à la caserne Laperouse, où je suis affecté à l'instruction de la classe 1916.

Je repars pour les armées en janvier 1917 dans un bataillon de marche qui va prendre ses cantonnements dans la région de Bar-le-Duc (au sud).
Hiver terrible...
Je suis désigné pour suivre un cours de liaison (liaisons optiques, par TSF, par téléphonie par le sol, etc.) dans un petit village à quelques kilomètres de Bar-le-Duc. Nous faisons quelques exercices en liaison avec des ballons captifs (saucisses) et j'ai l'occasion de faire une ascension (800m).
(En mars 1917) Le bataillon est versé en renfort au 142e RI. Le régiment va prendre position dans le secteur des Eparges ; mon bataillon est en réserve. Puis il passe en 2e ligne, puis occupe la première dans le secteur de la Tranchée de Calonne qui traverse les lignes de combat au sud du village des Eparges. Le printemps se passe là. Secteur assez tranquille pendant cette période.

Citation : "Officier plein de courage et d'entrain le 23 mai 1917 près des Eparges, a fait preuve de réelles qualités de chef en prenant ses dispositions qui ont déjoué les intentions de l'ennemi".

Croix de guerre étoile d'argent et palme


La division passe au repos et par étapes est dirigée vers le front de Champagne (secteur du Mt Cornillet) où elle arrive vers fin juillet. Séjour de plusieurs semaines au Mt Cornillet par une chaleur accablante.
Transfert en chemin de fer de la division fin septembre dans le secteur de Verdun. Séjour à Verdun. Montée en ligne dans le ravin de Douaumont puis au bois des Caurières où je suis blessé dans la nuit du 8 septembre. "plaie multiple du dos, plaie pénétrante par éclat d'obus".
Opéré le 9 septembre au matin dans une ambulance. Le 10 bombardement de l'ambulance ; et destruction complète par bombardement de la grande ambulance de Souilly où étaient rassemblés tous les blessés du front de Verdun pour y être évacués par les trains sanitaires.
Le 11 au matin transporté à Souilly où je suis aussitôt embarqué dans un train sanitaire (...) je suis débarqué à Dijon et installé dans la chapelle du lycée Carnot à Dijon, local qui est réservé aux officiers blessés. Je reste six mois environ dans cet hôpital.
Commission de réforme. Déclaré inapte au service armé.

Nommé Sous-Lieutenant à titre définitif le 16/11/1917 puis promu Lieutenant de réserve le 23/03/1918.

Le 13/07/1918, je suis dirigé sur le dépot du 142e RI en Lozère, affecté au centre de récupération de La Bruyère.
Notre travail – nous étions 5 ou 6 officiers – consistait à essayer de faire (ou refaire) des combattants avec des blessés, des malades, et un tas de pauvres bougres que les commissions de réforme siégeant sans arrêt, remettaient dans le circuit guerrier. Séances de mécanothérapie, gymnastique éducative, jeux, entraînement à la marche, tir... Au foyer du Soldat organisé par l'YMCA, deux aides sociales organisent des soirées récréatives. Nous sommes assez confortablement logés et prenons pension dans un hôtel qui nous sert d'excellent cuisine.
J'exige de mes blessures et suis exempté des exercices physiques auxquels j'assiste en qualité de témoin, quant aux cours théoriques je les suis sans passion. Comme instructeurs, des sportifs notoires, des champions et un surtout Georges Charpentier au faîte de sa gloire. Une partie du centre est occupée par des américains qui nous font des démonstrations de jeux encore inconnus en Europe, le basketball, le volleyball, le baseball, etc.

Mais il y a une étrangère atmosphère ; on sent que quelque chose de nouveau, d'inespéré parce que trop espéré, va se passer. (...)
Et le 11 novembre au matin un bruit inouï circule dans le centre : les Allemands se rendent, l’armistice sera déclaré à 11 heures, le drapeau sera hissé sur le donjon du fort de Vincennes, tout proche, si l’événement est réel.
Il n’en fallait pas davantage pour qu’une foule énorme se réunisse autour du château. Et à 11 heures un immense drapeau se détache peu à peu du sommet du donjon et flotte. Ovations, clameurs, chants et la foule en délire déferle vers Paris, où des milliers, des millions de drapeaux apparaissent aux fenêtres.

Vers 19 heures j'arrive en me glissant dans la foule à hauteur de l'angle du Boulevard ... et de la Place de l'Opéra. Impossible tellement la foule est dense de progresser d'un pas. Mais je suis suffisamment avancé pour voir l'Opéra. La place, les boulevards, l'avenue de l'Opéra, les rues avoisinantes sont constituées d'un magma humain tellement serré que plus personne ne peut bouger. Des pressions venant on ne sait d'où créent des remous lents pesants, que l'on ne peut que subir. On est parfois soulevé de terre et déplacé au gré de cette marée humaine. Des femmes, des enfants, s'évanouissent, on les hisse au-dessus des têtes et une multitude de bras tendus font progresser les corps vers le plus proche immeuble. C'est inimaginable. Et que dire des fenêtres, des balcons, des toits, des arbres, grouillant de peuple.
Puis ce fut une nuit inimaginable de folle joie, de délire, de liesse, de fraternisation, des chants, des rondes, des farandoles, la Madelon hurlée par mille voix ; les canons allemands de la Place de la Concorde traînés à bras d'homme à travers les boulevards et les avenues. Et les militaires de tout grade du poilu au général, anglais, américains, belges, français ; nous, jaunes, blancs, embrassés, portés en triomphe. Je me trouvai je ne sais comment pris dans une bande de civils et de miliaires français ou étrangers, galonnés ou non, de jeunes gens, de femmes, de jeunes filles et nous tenant par la main faisant des rondes des farandoles de la Concorde à la Porte St-Denis.

Le centre de récupération n'a plus grande raison d'être, on le liquide petit à petit et au bout de quelques semaines, je suis affecté au centre de fabrication de réception des draps militaires de Mazamet, comme chef responsable. Que pouvais-je connaître de la fabrication des draps, mais un militaire ne peut-il tout faire ? (...) Nous voyons ainsi plusieurs milliers de mètres de draps (bleu horizon) par jour ; puis fus lancée la fabrication de draps gris ou marron pour les costumes alloués aux démobilisés, les fameux costumes Abrami. Il nous arriva aussi des contrôles de draps verts pour des troupes de montagne italiennes".

"Enfin mon tour arriva et le 6 septembre 1919 je fus démobilisé. (...) Je me mis aussitôt au travail pour préparer le Certificat d'aptitude au Professorat des Écoles Normales et Écoles primaires supérieures. Après une interruption de plus de cinq ans ce fut assez dur. (...) Nous étions peu nombreux comme candidats car les normaliens, ceux surtout des classes jeunes avaient été décimés ; près de deux tiers de ma promotion étaient restés sur les champs de bataille".

Démobilisé le 06/09/1919, maintenu dans les cadres avec une pension de 20% pour blessure de guerre

Chevalier de la Légion d' Honneur

Instituteur en Haute-Savoie, Emile Viala a fait ensuite carrière au Bureau International du Travail à Genève.

Nommé Lieutenant à titre définitif le 01/04/1926 ; rappelé à l'activité le 10/09/1939.

Emile Viala à son travail au bureau international du travail à Genève en 1935. C'est là qu'il a fait carrière entre 1926 et 1958 notamment aux côtés du directeur général Adrien Tixier, et a travaillé sur la durée du travail, par exemple dans les mines de charbon des pays européens.

En 1938, il est revenu sur les lieux : "Un trou de mine à la Main de Massiges" (la côte 191 avec, en arrière-plan, le Kanonenberg).

Emile Viala est décédé le 2 janvier 1978, à l'âge de 84 ans.

(Avec l'aimable autorisation d' Alexandre Viala, son arrière petit-fils)

 


Grièvement blessé à MAISON DE CHAMPAGNE le 02/06/1916

Jules LEJOLLIOT

Aignerville, CALVADOS

317e RI, 15e Cie

Né le 22/05/1896, fils de ; classe 1916, matricule 861 au recrutement de Caen.

Incorporé au 39e RI à compter du 13/04/1915 puis affecté au 74e RI

Passé au 317e RI le 16/04/1916 qui combat à Maison de Champagne d' Avril à Juillet 1916.

 

Jules Lejolliot est blessé à la jambe droite par éclats de grenade le 02/06/1916 à Maison de Champagne.

les pertes du 317e RI pour cette seule journée sont de : 25 tués, 112 blessés et 129 disparus...

(JMO du 317e RI)

Evacué sur Ambulance 8/4 secteur postal 71 puis vers l'hôpital temporaire le 24/06/1916.

En traitement dans les hôpitaux jusqu'au 15/12/1917 puis Jules Lejolliot est renvoyé dans ses foyers.

 

Citation : "Très bon soldat dévoué. A fait preuve de la plus belle intrépidité pendant le combat du 2 juin au cours duquel il a été très gravement blessé. Amputé de la jambe droite."

Médaille militaire, Croix de guerre avec palme

Pension d'invalidité de 85%

Jules LEJOLLIOT est décédé en 1971

(Avec l'aimable autorisation de Murielle et Jean-Michel Delanoé, ses petits-enfants)

 

Mardi, 15 juin 1915

Chers parents bien aimés,

Puisque vous recevez cette lettre, c'est que je ne suis plus de ce monde. En effet nous attaquons aujourd'hui et croyez, Chers Parents, que j'y vais avec courage. D'ailleurs il y en aura assez pour vous dire ce qui s'est passé. Soyez persuadés, mes bien aimés parents, que ma dernière pensée va à vous et ç celle que j'aime. Ne me pleurez pas, je n'en vaux pas la peine et je tombe en faisant mon devoir.

Adieu et Vive la France ! Auguste Chiffe

 

Des familles toujours plus nombreuses entreprennent ce bien émouvant voyage de mémoire. Aujourd'hui encore, cette mémoire reste vive, parfois douloureuse en l'absence de lieu de sépulture : pour ces familles de disparus, combien de deuils impossibles laissés en héritage, transmis de génération en génération?

Nous dédions cet espace aux familles qui souhaitent continuer de faire vivre la mémoire de leur proche : ultime hommage à ces hommes qui s'en furent sur le chemin parfois sans retour qui montait vers l'Histoire.

Un soldat sur trois des classes 14 et 15 n’est jamais rentré !

"C'est toute une génération qui est "montée en ligne" comme à l'autel du sacrifice.

"Là-haut". (Michel De Jaeghere, le Figaro 2006)

Merci de nous aider à sauvegarder cette inestimable mémoire en nous adressant vos documents par mail ou par courrier (coordonnées dans Association et Adhésion).

 

 

Mon arrière grand-père mort pour la France le 4 février 1915 à Massiges et appartenant au 4ème régiment d'infanterie coloniale.
Merci
Cordialement,
Mme Felix (son arrière petite-fille)